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Une classe prépa ? Oui, mais


Il y a vingt ans, le « mais » n’existait pas, ou si peu. Depuis, le contexte général a changé. Non pas que les prépas ne soient pas des lieux de formation attractifs; elles ne sont juste plus le passage obligé vers les programmes les plus prestigieux. Pour être exact, elles ne l’ont jamais été; l’accès aux alternatives s’est largement démocratisé.


Qu’on se le dise, les prépas ont toujours des atouts indéniables : petits effectifs, formation quasi-gratuite, travail intense, développement méthodologique et organisationnel fort et accès aux meilleurs établissements français, en quantité. Oui parce que quand l’X offre plus de 400 places aux prépas, elle en ouvre tout juste 30 aux L3. Pareil pour CentraleSupelec, plus de 500 dans le premier cas, contre une cinquantaine dans le deuxième. 


Mais quand on lorgne du côté des business schools, ce n’est plus du tout évident : l’ESSEC offre autant de places aux prépas qu’aux AST, l’ESCP plus encore aux AST, et on ne parle même pas d’EMLYON ou d’EDHEC. Et même du côté des écoles d’ingénieurs, si on regarde le nombre de candidats, on s’aperçoit que les AST ne sont pas du tout un mauvais plan.


Les prépas ont par ailleurs un fâcheux désavantage : le reste du monde. Elles sont d’abord des programmes franco-français avec pour seul horizon... la France : quand on passe les concours et qu’on n’a pas l’X ou HEC ou ESSEC, alors on se contente des écoles « en-dessous ». Quand on postule après le lycée ou après une licence, on peut accéder à tous les établissements du monde. Mes élèves de terminale ou issus d’un bachelor/L3 postulent dans le même temps à l’EPFL, à McGill, à Imperial College ou à la TUM, qui sont les équivalents de l’X ou de Centrale en France. Dans notre monde contemporain, au minimum européen, les possibilités données par les classes préparatoires sont donc réduites. Ensuite, l’entièreté de la vie d’un préparationnaire est dédiée à son apprentissage académique; il est tenu par son objectif final, le concours. Pas de place pour des expériences associatives, des stages, des centres d’intérêt, des échanges à l’étranger. Si on ajoute l’année de pré-master une fois l’école intégrée, très souvent en France, il y a un monde entre notre ancien préparationnaire sans expérience, parlant souvent un anglais scolaire, ouvert sur peu de choses et son équivalent, débrouillard, bilingue, ayant travaillé et habité avec de nombreuses nationalités.


Et finalement, ce qui plie assez nettement le dossier, c’est le rapport entre tout ce que permet l’alternative à la prépa, en termes d’expérience, et l’absence à la fois de contrainte et d’aléa du concours (prépa). Le préparationnaire est un joueur. Il joue à un jeu dont il a accepté la règle : faire dépendre son destin d’un concours, il joue un coup. L’universitaire est un investisseur, il construit un actif (lui), en accumulant des compétences, des expériences qu’il va valoriser auprès des meilleurs programmes ensuite. 


Ce qui bouscule aujourd'hui les classes préparatoires vient essentiellement de l’élargissement de l’horizon d’étude : il est possible de candidater aisément en France, en Europe et dans le monde. Les meilleurs élèves ne vont plus systématiquement en prépa, parce qu’un simple calcul d’utilité ou de coût d'opportunité montre que l’avantage n’est pas à la prépa. Elle est une possibilité, que l’on doit adopter si l’on valorise les éléments cités plus haut; elle n’a par contre plus rien d’un universel, loin de là.


François Morin

Coach admissions

 
 
 

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