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Peut-on se fier aux classements ?

il y a 2 jours
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 22 heures


Les classements inondent nos vies et l’enseignement supérieur n’y échappe pas. On peut même dire que les classements trouvent ici un champ presque naturel, l’enseignement étant lui-même habitué à noter et à classer. Ils sont à prendre avec beaucoup de pincettes, c’est le moins que l’on puisse dire.


D’abord, aucune organisation n’investit et n’a les moyens d’investir dans une investigation exhaustive, la seule permettant d’aboutir à des classements sérieux. La plupart des classements sont produits par des journaux pour lesquels les classements ne sont rien d’autre que le moyen de vendre du papier et de capter des budgets publicitaires. Si bien que les données contenues dans ces classements sont très « pratiques » : données uniquement déclaratives (les établissements déclarent ce qu’ils veulent); retenue de critères standards, quantitatifs, faciles à produire, mais évaluant très mal la qualité de l’enseignement : nombre de mètres carrés, pourcentage de professeurs ayant un doctorat, salaire moyen à la sortie… D’ailleurs, ces classements ont, en retour, des effets délétères sur les établissements, qui suivent fidèlement et bêtement les critères leur permettant d’être bien classés, par exemple le nombre de professeurs PhD, en oubliant la pédagogie, l’innovation, l’originalité. Certaines écoles, comme l’ESSEC, se souviendront encore longtemps de leur tentative, pourtant louable, de sortir des clous; la sanction dans les classements a été immédiate. 


Mais ce n’est pas tout. Les classements étant avant tout un moyen de générer des revenus; ils sont financés par ceux-là même qui sont évalués. Il suffit de voir le nombre de publicités autour de chaque classement pour comprendre l’économie de la chose. Et les établissements d’enseignement supérieur y trouvent leur compte : avec des dizaines de classements disponibles, il est toujours possible d’y trouver son bonheur : vous êtes mal classé dans 5 ou 6 classements; pas grave, il suffit d’un classement dans lequel vous apparaissez en tête ou pas loin, pour afficher ce dernier partout sur vos communications. Il y en a pour tout le monde, tout le monde y trouve son compte… sauf les étudiants.


Passons sur les nombreux biais des classements par ailleurs. Le plus flagrant étant l’effet de taille : plus vous êtes gros et plus vous avez des chances d’apparaître dans les classements. Trouve t-on Polytechnique dans le top des classements mondiaux ? Non. Est-ce que le niveau de l’X est inférieur au top 20 mondial, non. Mais quand vous êtes une « small university », vous avez peu de chance de rivaliser dans les classements avec le MIT. D’autres classements sont fondés sur l’évaluation de la recherche, comme le classement de Shanghaï, qui fournit un indice intéressant mais très partiel de la qualité l’établissement. Quelle est la valeur de la recherche dans un enseignement de management ? Quasi-nulle. Et pourtant, là encore, les business schools, pour être bien classées, ont cru bon de forcer leur recherche, critère bien artificiel pour de la gestion, du business.


Mais alors, les classements ne servent-ils à rien ? Non, ils permettent de se faire une première idée, de percevoir, de loin, des tendances, quand on débarque. Mais guère plus. Il est clairement inutile de vouloir interpréter des baisses ou hausses dans les classements d’une année sur l’autre. Regardez par exemple la hiérarchie des écoles en France, depuis 30 ans; elle n’a pas bougé. Donc au mieux, les classements vous permettent de constater l’inertie... et donc la vacuité des classements.


Bref, ce que vous disent les classements, dans l’ensemble, vous le savez déjà; le reste, ce sont des épiphénomènes.


François Morin

Coach admissions

 
 
 

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