Ca se prépare ! (suite)

 

Une admission, un dossier, un entretien se préparent inténsément. Il y a deux raisons à cela.

 

 

L’admission est un exercice de spéculation pour les programmes. Certes, les jurys ont des éléments tangibles pour décider : établissement d’origine, relevés de notes, éventuelles épreuves d’admissibilité. Mais cela s’arrête là. Tout le reste est à faire. Vos expériences professionnelles, vos activités extra-universitaires, vos lectures, vos centres d’intérêt n’ont de consistance que celle que vous allez leur donner. Bonne et mauvaise nouvelle.

 

On commence par la mauvaise. Vu le temps imparti (entretien), la place disponible (dossier de candidature), vous ne pourrez envoyer au jury que des signaux. Ce dernier n’a pas accès à votre être profond. On a beau parler d’entretien de personnalité, accéder à ce que vous êtes vraiment prendrait des jours entiers. Sans compter sur la fréquente incompétence des membres de jury (oui oui). Donc la connaissance que le jury a de vous est et restera superficielle. Vous ne pourrez lui envoyer que des signaux. A fortiori avec un déroulé d’entretien protéiforme. Voilà pourquoi il est très facile de passer à côté de son entretien et pour le jury de passer à côté de vous (c’est la fameuse situation du mec meilleur que vous sur le papier, qui n’a pas été pris et qui trouve ça trop injuste).

 

La bonne maintenant. L’entretien (comme le dossier de candidature) est donc du discours. Seulement du discours. Vous avez alors des moyens d’action considérables. Pour rendre vos points-clés intéressants, pour densifier votre propos sur des éléments faibles, pour apprendre des choses au jury (il en est friand). Vous vous sentez faiblard sur vos centres d’intérêt ? Cela se prépare. Vous n’êtes pas au point sur le projet professionnel ? Cela se prépare. Vos stages ne sont pas terribles ? Cela se prépare. Ce n’est pas génial ça ?

 

L’admission est donc un exercice de spéculation pour le jury. Faites-en une force en travaillant votre attractivité, pour lui envoyer les bons signaux.

 

Vous, au naturel, c’est comme votre coupe de cheveux le matin au réveil, ce n’est pas ce qu’il y a de plus vendeur. Ecrire une lettre de motivation, un cv à la va-vite, aller à un entretien de motivation « comme vous êtes » c’est du suicide si vous n’êtes a priori pas très bon. Vous êtes à l’aise, naturellement ? Vous risquez de plaire… ou pas. Même les plus brillants se cassent les dents. Vous ne pouvez pas avoir l’ambition d’intégrer un programme et accepter de vous soumettre à l’aléa de la situation, des membres du jury, de leur humeur ou de votre forme du jour. 

 

L’entretien s’inscrit d’abord dans un espace-temps très réduit. Vous aurez 15, 20, 45 minutes pour convaincre. C’est court. Vous trouvez cela long ? Pour évoquer vos expériences professionnelles, vos projets académiques, vos expériences associatives, vos centres d’intérêts, évoquer votre projet futur, votre motivation pour le programme, discuter d’actualité, de choses et d’autres; sachant qu’il est difficile de faire moins de 3-4 minutes sur chaque élément ? C’est très court, vous vous en rendez compte à l’expérience. Si vous n’arrivez pas avec cette conscience temporelle forte et la volonté de placer vos points forts, vous ne convaincrez pas.

 

Au naturel, on dit beaucoup de banalités. Or, vous n’avez le temps (entretien), l'espace (dossier, lettre de motivation) que pour vous concentrer sur vos points forts, exprimés efficacement. Il faut les avoir identifiés et être capable de les placer. Le jury a par ailleurs des attentes (matérialisées par une grille de notation bien souvent), qu’il faut chercher à combler. Vous êtes fier de vos 10 ans de danse classique, mais êtes-vous sûr que cela aura un impact sur le jury ? Il est probable qu'un an de boxe thaï ait plus d'effet. L’entretien a l'apparence d’une discussion libre et légère, qu’il n’est pas. Il y a un enjeu.

 

Au naturel, votre propos n’est pas pensé. Or, les jurys ont besoin de vous comprendre. Cela n’a rien d’évident. Vous avez vécu vos expériences, vous les visualisez parfaitement; ce n’est pas le cas du jury qui, lorsque vous en parlez, a besoin d’une immersion rapide et efficace. Il faut être pédagogue pour convaincre.

 

Et préparé, il faut que vous ayez l’air naturel. Il est hors de question de laisser apparaître les traces de crayon de la préparation ou pire, de passer pour un perroquet qui répète ce qu’il a appris ou ce qu'on lui a dit de dire.
 

La candidature se prépare, le naturel s’acquiert !