• François Morin

Stratégie : les 2 piliers de l’entretien

Si on doit résumer ce qu’est l’entretien de personnalité/motivation à l’expression la plus sommaire et la plus précise, bref, le nectar du nectar, alors, il tient à de deux piliers.

1. La préparation

Un entretien se prépare. Il est scandaleux d’entendre encore des responsables de programmes dire qu’il suffit d’être naturel, d’être soi-même. Il faut à la rigueur être soi-même, si cela signifie vraiment quelque chose, mais il ne « suffit » pas. C’est très difficile de révéler qui on est dans une situation aussi peu familière. Donc, un entretien ça se prépare un max. Entendez bien ce que veut dire préparation, ou plutôt PREPARATION : ce sont tous les points qui suivent.

  1. Identification des points-clés et du projet

Votre candidature repose sur des points-clés, c’est-à-dire les expériences présentes dans votre CV ou plus largement dans votre vie. Le temps de l’entretien étant limité, vous allez devoir sélectionner les expériences de votre vie qui méritent d’être transmises au jury parce qu’elles portent les messages les plus consistants et favorables sur votre personne.

Votre projet est au cœur de l’entretien, qu’on l’entende comme strictement professionnel ou comme premières bribes, comme projet d’étude.

  1. Recherches sur les sujets et sur le projet

Vous n’êtes pas au point sur tous vos points-clés. Il va sans doute falloir faire des recherches sur certains, pour les rendre plus consistants, plus sérieux, plus denses. Et puis il y a les sujets d’actualité, les monographies, le projet professionnel, sujets que vous devez préparer entièrement car vous n’avez pas de matière dessus.

  1. Création de blocs de 2-3 minutes sur tous ces points-clés

Pour que votre propos soit clair et compréhensible pour le jury, pour que vous ne vous perdiez pas dans des digressions, pour être sûr de ne pas dire de bêtises, vous devez préparer votre propos sur chacun des points-clés recensés.

  1. Entraînement à répéter ces blocs

Il n’est pas tout de préparer les contenus. Il faut se les approprier. Avoir le texte est une chose. Le connaître sur le bout des doigts et le mettre en scène en est une autre. C’est le “wall training“.

  1. Apprentissage de la liste de vos points-clés

Un acte simple : vous devez connaître parfaitement la liste des blocs de 2-3 minutes que vous avez préparés.

2. L’agilité

Définition

L’agilité, c’est la capacité à placer ce que l’on veut, ce que l’on a préparé, c’est-à-dire ce sur quoi on est bon et ce qu’on a intérêt à placer pour gagner l’entretien, quelle que soit la configuration de celui-ci.

L’agilité, c’est le rassemblement de deux impératifs :

  1. Placer vos contenus. Ils sont la consistance de votre candidature. Il faut essayer de s’en écarter le moins possible, les avoir toujours en ligne de mire.

  2. Composer avec la tournure que prend l’entretien. Vous n’en êtes pas totalement maître. Il va falloir être souple.

Dit encore autrement, l’agilité est de la « souplesse pour », de la « souplesse dans le but de ».

Haro sur les manuels de préparation aux entretiens

Il est inutile et même dangereux de suivre la méthode communément employée dans les livres de recettes sur les entretiens. En général, ces manuels sont constitués de quelques dizaines de pages de conseils, suivies de pages à dominante blanche, avec quelques lignes et des pointillés pour que vous puissiez écrire. On vous liste les 200 questions les plus fréquentes, avec un espace pour inscrire votre propre réponse. Vous appréciez parce que cela vous donne une impression d’exhaustivité : en répondant aux 200 questions probables, vous vous sentez d’attaque. C’est une belle façon de vendre du papier, des ouvrages de 200 pages qui n’en comptent en réalité que 50 mais c’est surtout dangereux :

  1. Vous pensez être prêt avec 200 questions. Mais en réalité il y’en a 20 000. Pas de chance ! C’est de la fausse exhaustivité. Par ailleurs, on constate que les candidats qui ont préparé des questions précises ont du mal à s’extraire de ces questions préparées. Or, les questions ne sont jamais formulées de la même façon. L’exemple le plus flagrant concerne la première question qui vient en entretien. Beaucoup de candidats se sont préparés à « Présentez-vous ! ». Mais dès que le jury lâche un « Dites-nous qui vous êtes !» ou un « C’est à vous ! » ou encore un « Qu’est-ce qui vous amène ? », ces candidats n’ont pas le réflexe de se dire que c’est une autre façon de leur demander de se présenter. Bref, quand on prépare des questions précises, on prend tout au pied de la lettre. On est fébrile.

  2. Vous avez l’impression qu’il y a 200 questions alors qu’en fait ce que vous devez avoir en tête, c’est votre dizaine de points-clés. Ce genre de littérature vous incite à faire un focus sur les questions, alors que vous devez faire un focus sur vos réponses. De fait cela vous inscrit dans une démarche passive de réponse aux questions ; alors que vous devez avoir une démarche active d’alimentation de l’entretien.

  3. On ne vous apprend pas l’intelligence de l’entretien. Ces manuels ne vous délivrent aucune méthode. Lister l’ensemble des questions possibles et imaginables n’a jamais permis de maîtriser un entretien. On vous prend pour un âne. Une méthode pour l’entretien doit délivrer un clé universelle, une compréhension de l’exercice telle que vous devez acquérir une autonomie. Vous avez besoin d’être intelligent en entretien, pas perroquet.

En conclusion :

  1. La préparation va vous doter d’un couteau suisse, avec une dizaine de lames.

  2. L’agilité va vous permettre d’utiliser ce couteau dans toutes ses capacités, pour vous en sortir quelle que soit la configuration de l’entretien.