• François Morin

L’humanitaire

Pourquoi ?

  1. L’humanitaire est une très bonne façon de répondre à la question « Qu’est-ce que vous faites pour les autres ? ». Cette question est très présente dans l’esprit de beaucoup de jurys parce que ces derniers estiment que l’on doit être capable 1. d’actions gratuites, désintéressées 2. pour les autres, ceux que l’on ne connaît pas directement.

  2. L’humanitaire est une forme d’engagement. Les jurys déplorent souvent le manque d’engagement des candidats. S’investir pour une cause, en donnant de son temps, est valorisé par les jurys.

  3. L’humanitaire est tout simplement une forme d’engagement associatif ou extra-universitaire et donc vient étoffer vos activités.

Déculpabilisation pour ceux qui n’ont pas fait d’humanitaire

L’humanitaire usurpé

  1. « Plus c’est loin, mieux c’est »

« Je suis parti 1 mois au Togo pour travailler dans un orphelinat. »

« Je suis partie au Pérou pour enseigner à des enfants défavorisés. »

Humanitaire et exotisme font souvent bon ménage dans la tête des candidats. Si on ne part pas en Afrique subsaharienne, au fin fond d’une favela au Brésil, ce n’est pas vraiment de l’humanitaire. Stop ! Vous confondez la plupart du temps humanitaire et expérience exotique. Nul besoin d’aller à l’autre bout du monde pour faire de l’humanitaire ! Et même quand je dis cela aux candidats, même s’ils acquiescent, ils ne peuvent retirer totalement de leur tête que l’humanitaire, avant d’être une cause, une action, c’est un pays lointain du Tiers Monde. Et malheureusement, pour beaucoup, l’expérience se limite au lointain, sans véritable fond.

N’oubliez pas que l’humanitaire est d’abord un attachement à une cause, une action et que celle-ci peut prendre place en bas de chez vous.

Exemple : camp de migrants à Sangatte ; maraudes de la Croix-Rouge, SDF dans la rue, aide aux réfugiés en zone d’attente à Roissy…

  1. « Plus ça sonne « humanitaire » mieux c’est »

« J’ai fait un mois d’humanitaire dans un orphelinat en Equateur. »

« J’ai travaillé pendant 2 semaines à la construction d’une école pour enfants déshérité au Montenegro. »

Evidemment l’humanitaire consiste à aider des personnes en difficulté et parfois en grande difficulté, qu’elle soit d’ordre alimentaire, sanitaire ou financier. Mais on croirait à vous entendre qu’il faut toujours aller chercher non pas les conditions qui nécessitent une action, la vôtre, mais que vous cherchez toujours des expériences qui « font » humanitaire. La palme aux orphelinats et aux constructions d’écoles ! Mince, et que faites-vous de la condition des travailleurs immigrés dans les Emirats Arabes Unis ? Des migrants de façon plus générale ? Des femmes violées indiennes ? Des enfants homosexuels malaisiens ? Bref, ras le bol des stéréotypes de l’humanitaire !

  1. « Faux humanitaire »

Faire passer une expérience de voyage pour de l’humanitaire est très courant et très énervant. Au rayon « faux humanitaire », vous trouvez :

  1. Les expéditions du type 4L Trophy. Ah ils ont bon dos les 50 kg de fournitures scolaires chargés dans le coffre de chaque 4L ! Il faut être honnête, personne ne se lance dans le 4L Trophy pour l’expérience humanitaire. C’est bien une aventure, entre potes, qu’on veut vivre ; l’humanitaire apporte une sorte de supplément d’âme. Mais tout le monde s’en fout. Pour s’en apercevoir, il faut demander à un participant s’il sait où vont les fournitures une fois arrivées au Maroc. Silence garanti !

  2. Les voyages humanitaires à l’étranger pour lesquels on sent que l’humanitaire est un prétexte au voyage. Manifestement l’expérience voyage est beaucoup plus fournie que l’engagement sur place.

  3. « Humanitaire spectateur »

L’humanitaire spectateur est une affaire de posture. On sent manifestement que vous êtes allé là-bas, que vous y étiez, que vous vous êtes frotté à une situation, que vous avez ouvert vos yeux (bon, c’est déjà !) mais que vous ne vous êtes pas impliqué. En gros, faire de l’humanitaire, c’est se déplacer dans un endroit où il y a des gens en situation dramatique. C’est tout. Vous y étiez ; vous avez donc la bonne conscience, papa et maman sont fiers et vous vous sentez soulagé parce que vous avez désormais cette fameuse expérience-qui-fait-bien qui vous manquait. Cela pose deux problèmes :

  1. Une action humanitaire est bien une action. Vous devez montrer au jury que vous avez agi, que vous avez contribué à faire avancer les choses, à votre niveau. C’est fondamental, sinon votre expérience n’a aucune valeur.

  2. Une action humanitaire est mue par une conscience et une volonté. Il doit y avoir engagement, autrement dit une action motivée par une réflexion. Le jury doit vous sentir concerné et cela commence par le choix de votre mission humanitaire. Pourquoi avoir choisi cette mission ? Quel a été le moteur ? quel est votre engagement ?

L’humanitaire obligé

Combien de fois ai-je pu entendre cette phrase de candidats, sur le ton de la contrition, presque de la honte ? « Je n’ai pas fait d’humanitaire ☹ ! ».

Il faut avoir fait de l’humanitaire ! Combien d’entre vous sont frustrés de n’avoir pas d’expérience d’humanitaire ? Non, par conviction, par envie mais parce qu’il le faut pour être un bon candidat, voire pour être une bonne personne !

Entendez-le une fois pour toutes : on ne vous demande aucune action humanitaire ! Il n’y a aucune obligation. Pourquoi ?

  1. Il y a un parfum artificiel autour de cette activité aujourd’hui chez les candidats. A peine une expérience sur cinq est sincère et a donné lieu à un travail consistant. Le jury le perçoit et accorde une importance toute relative à ce sujet.

  2. A travers l’humanitaire sont posées les questions de

  3. votre action pour les autres : « Que faites-vous pour les autres ? »

  4. votre ouverture sur le monde, de votre intérêt pour des enjeux.

Or, vous avez moyen de prouver votre investissement dans ces deux points autrement que par l’humanitaire.

L’humanitaire dispendieux

Il y a une question qui fait beaucoup de mal aux candidats en entretien lorsqu’ils parlent de leur expérience humanitaire au bout du monde :

« Plutôt que de vous payer un billet d’avion pour travailler 1 mois, n’aurait-il pas été plus judicieux d’envoyer un chèque du montant du billet d’avion pour agir sur place ? »

La question est cinglante mais terriblement pertinente. Vous rendez-vous compte qu’un billet d’avion aller-retour pour l’Inde coûte 1000 euros ? Et que pour 1000 euros il aurait été possible d’embaucher 10 Indiens pendant 1 mois ; au lieu de cela, vous avez préféré vous rendre sur place, quitte à engendrer une aberration en termes d’efficacité. Si votre priorité était vraiment l’humanitaire, vous réfléchiriez sans doute plus à démarche efficace.

Cette question a le mérite de faire réfléchir. Bien sûr, il faudrait mettre dans la balance l’expérience humaine que vous en avez tirée, la rencontre entre des personnes de différentes cultures, le partage avec les autochtones… Et sans doute cela compense le coût aux yeux du jury. Mais gardez bien cette réflexion en tête.