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Haro sur les acomptes demandés par les écoles !


Les grandes écoles françaises ont développé une curieuse pratique… curieuse n’est sans doute pas le mot juste. Scandaleuse irait beaucoup mieux, à tout le moins borderline. Il est étonnant que le Ministère n’ait pas encore mis son nez là-dedans. On parle ici des acomptes demandés une fois que vous avez été déclaré admis, engagements financiers pour “réserver votre place”. 


La pratique de l’acompte n’a, en soi, rien de choquant. Vous commandez un canapé, vous versez un acompte; vous réservez vos vacances en Corse, vous versez un acompte. Ce qui choque ici, ce sont deux modalités. Les sommes en jeu, d’abord : entre 2500 et 7000 euros selon le programme. Mais, prise seule, cette modalité pourrait être perçue somme toute comme régulière : cela représente environ le tiers des frais annuels d’inscription. C’est que cette somme est accompagnée d’un délai de réflexion, en général entre une et deux semaines. Passé ce délai, votre admission ne vaut plus rien. Et voici le problème majeur : les candidats postulent rarement à une école. Logiquement ils présentent un portefeuille de candidatures, avec des dates de résultats d’admission très variables. Vous voyez donc se dessiner le problème : beaucoup de candidats se trouvent admis dans des programmes qui ne sont pas leur premier choix, et font face à un cruel dilemme : accepter définitivement l’école de second choix de peur de ne pas avoir le premier choix; ou continuer à candidater pour son premier choix… en versant l’acompte à son second choix, au cas où. Et voilà comment des dizaines de candidats dans chaque école acceptent de perdre entre 2500 et 7000 euros, juste pour garder un second choix sous la main.


Ce qui est choquant ici c’est la pression mise par les écoles sur les candidats et leurs familles, alors que ces derniers essaient juste de trouver le programme qui leur va le mieux. Pour revenir au canapé, on est exactement dans la situation du vendeur qui vous explique qu’il faut acheter avant la fin de la semaine, parce qu’après l’offre n’est plus valable. Or, on sait très bien qu’il n’y a aucune raison objective pour qu’elle ne le soit plus. C’est du bon vieil attirail de vendeur de canapé, de voiture ou d'électroménager. Mais de formation ? Dans des institutions de renom, financées en partie par les deniers publics ? Auprès d’un public à peine majeur, de parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants ? On parle d’un choix qui les engage pour plusieurs années et aura un impact sur l’ensemble de leur vie, pas d’un canapé pour le coup ! Pas rien. La peur fait les affaires des écoles qui voient leur planning d’inscription se confirmer mais empêche un choix serein, plus que légitime ici.


La concurrence dans certains domaines (business schools en particulier) est devenue tellement rude, que les écoles rivalisent de tactiques, se débrouillant pour que les résultats d’admission tombent au moins quinze jours avant les résultats de la ou des concurrentes et lui couper l’herbe sous le pied. Le problème majeur est là : les acomptes ne sont pas une pratique critiquable en soi, le délai de réflexion non plus; c’est l’utilisation de l’acompte comme une arme tactique pour interdire d’autres candidatures qui est choquante dans ce domaine tellement structurant (dans une vie) de la formation. Certaines écoles sont passées maîtres dans cette pratique. Dont seules les familles les plus riches s’accommodent.


Chers directeurs d’écoles, mettez-vous à la place des candidats ! Vous qui vous vous rencontrez régulièrement dans des instances communes, mettez en place une charte qui réglementerait, entre vous, ces pratiques. Cela honorerait vos établissements.


En attendant, chers candidats, vous pourrez contourner cela de deux façons. D’abord, en passant en premier, lorsque cela est possible, les programmes de premier choix. Débutez toujours par vos premiers choix (malgré une pratique inverse en général, vous gardez le meilleur pour la fin). Ensuite, et beaucoup se gardent de vous le dire : une fois la réflexion faite, le droit de la consommation vous protège. Dès lors que vous avez signé, puisqu’il s’agit de vente à distance, vous avez accès au droit de rétractation de 14 jours… supplémentaires donc.


Il faudrait vraiment que cela bouge sur ce sujet. A bon entendeur !


François Morin

Coach Admissions

Yorumlar


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