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D’un autre âge.




Une candidate d’une quarantaine d’années me contacte cette semaine pour intégrer une école de journalisme aux Etats-Unis. Elle me dit à quel point elle ne se sent pas désirée par les écoles en France, du fait de son âge. Je me rappelle encore de cet étudiant en fin de cycle de médecine présentant le programme grande école d’HEC à 29 ans et admis. Il était vu comme un ovni; un ovni admis, néanmoins un ovni.


La discrimination par l’âge existe bien dans l’enseignement supérieur français et beaucoup plus que chez nos voisins. Et rien ne le justifie réellement. Alors, oui Polytechnique va sans doute s’appuyer sur son statut militaire pour exiger qu’il faut « être âgé de moins de 23 ans au 1er janvier de l’année du concours » pour pouvoir intégrer le Cycle ingénieurs Polytechnique en admission sur titre, mais cela ne justifie pas une limite aussi restrictive. Que dire de l’ESSEC qui demande aux candidats à son MiM d’ « être âgés de moins de 32 ans » ? La même école qui compte parmi ses valeurs la « diversité » ose encore, en 2024, inscrire une condition d’un autre âge. Et elle n’est pas la seule.


D’autant que les restrictions d’âge ne sont pas seulement écrites noir sur blanc. Elles sont surtout dans les têtes. Il ne suffit pas qu’aucune condition d’âge ne soit mentionnée dans la notice du concours. Il faut encore que le jury d’admission accède à l’idée que l’expérience professionnelle, les centres d’intérêt, les engagements, les expertises d’un candidat plus âgé ont de la valeur. C’est drôle d’ailleurs parce que ce qui fait la valeur d’un candidat, jusqu’à un certain âge, c’est la richesse et la densité de ses expériences. Jusqu’à un point de retournement, manifestement; 28, 30, 32 ans, où cela devient un fardeau.


Au nom de quoi ? De pas grand chose, de légitime en tout cas. Certains établissements font valoir qu’il faut une certaine homogénéité et que des personnes de vingt ans n’ont pas le même état d’esprit que des quarantenaires. Certes, mais il faudra nous expliquer comment on fait alors dans l’entreprise. Qu’il est normal de ne pas mettre ensemble des personnes qui n’ont pas la même connaissance de l’entreprise, la même expérience, les uns ayant besoin de tout apprendre, les autres simplement de se perfectionner. Manque d’expérience qui ne semble pas gêner beaucoup les grandes écoles quand il s’agit de placer des frais moulus à des postes de conseil en stratégie, pour conseiller des entreprises du CAC40. Bref, cela ne tourne pas rond. Enfin, certains établissement font valoir qu’ils ont des formations pour adultes par ailleurs; mais c’est justement cette distinction qui ne tient pas, ou plus !


Heureusement, il y a l’Université, qui n’impose quasiment jamais de limite d’âge et qui, dans l’esprit, est beaucoup plus ouverte. Beaucoup d’écoles ont retiré progressivement la limite d’âge. Sciences Po Paris n’impose aucune limite et admet facilement des professionnels aguerris dans ses masters en formation initiale; le CFJ, le CELSA ou HEC non plus. Mais ça, ce sont juste les conditions officielles. Il reste beaucoup de chemin avant que l'âge ne soit plus un critère discriminant.


Quand on sait à quel point l'âge est problématique en entreprise, on attend clairement un engagement fort dans l'enseignement supérieur !

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